Je suis mort, mais j’ai des amis : Rock’n’roll, mon pote

Avec les grandes messes dans les plaines immenses où des stars pailletées et parfois sans doute empaillées se trémoussent dans un improbable lointain, les radios effemisées qui rabotent tout ce qui striche et les enseignes mainstream qui nous sortent des t-shirts Slayer ou des vestes prépatchées, on ne peut pas être étonné que le grand public n’ait plus qu’une très vague idée de ce qu’est le rock’n´roll.

 

On ne va pas tenter ici de redéfinir le concept. Un documentaire actuellement en salles s’y essaie déjà (voir ici). Mais le rock’n’roll, c’est d’abord une attitude, une énergie, un mode de vie et pour en capter la substantifique moelle, nous vous conseillons vivement de vous ruer sur cet OVNI de tendresse… rock’n’roll.

 

 

Grand Ours est un groupe rock-punk drivé par trois quadras et un jeune batteur. Le ton y est résolument garage et enragé. Chant rauque, avec ou sans micro, jusqu’à s’en faire péter les cordes vocales, guitare très énervée, basse vrombissante… Le public des petits clubs apprécie. Au point que le band vient de décrocher douze dates en Californie. Le point d’orgue d’une carrière. Mieux : la consécration d’une vie. Mais le destin va en décider autrement…

Alors qu’il sort pisser, Jipé, le chanteur, tombe dans une crevasse et ne va pas en ressortir.

C’est le démarrage d’un road movie complètement dingue qui va voir la troupe s’égrener au fil de péripéties improbables et un trio inattendu atterrir… dans un endroit qui l’est encore beaucoup plus. On n’en spoilera pas davantage.

 

 

 

Autant le dire tout de suite : le deuxième long métrage des frères Malandrin n’est pas un film conventionnel. Il n’en reste pas moins que c’est une proposition désopilante qui nous fait sortir avec délectation des sentiers battus.

Pas poli pour un sou, rockkkkk jusqu’au bout des ongles, il enchaîne les saynètes surréalistes, un peu à la manière des chansons d’un album; des tableaux à la fois très dialogués, mais à l’intérieur desquels les comédiens gardent une belle liberté de mouvement. Tant mieux! Quand on a sous la main un duo (inédit à l’écran) de la trempe de Bouli Lanners et Wim Willaert, soit peut-être les meilleurs comédiens de part et d’autre de la frontière linguistique, on n’a forcément aucune envie de les museler.

 

Nous l’avions déjà remarqué lors de notre passage sur le tournage: ces deux-là s’entendent comme larrons en foire. Mieux! Ils se ressemblent à l’évidence. Et cette ressemblance n’est pas que physique. Cette idée de casting géniale qui débouche sur une complicité innée porte le film de bout en bout.

Tour à tour hâbleurs, taquins et délirants, Wim et Bouli dégoulinent d’humanité. Grâce à leur sens aigu du second degré, il n’y a pas ici une once de sensiblerie mal placée, ici. Non, juste de l’humanité, brute, lumineuse, jubilatoire. Deux ours (oui le groupe porte bien son nom), hirsutes et volontiers grognons, excessifs, pleins d’un enthousiasme capable de renverser les montagnes.

Un duo d’expérience à qui on ne la fait pas, mais qui n’a pas son pareil pour se fourrer dans des situations aberrantes.

 

 

 

Autour de ce binôme exceptionnel d’autres « gueules » (et pas que des gueules européennes, vous verrez) : Serge Riaboukine, le jeune Eddy Leduc invétéré dragueur, Jacky Lambert et surtout Lyes Salem, épatant sosie de Freddy Mercury et pilote de chasse assez atypique, doté d’un très bel organe (vocal).

Plus, dans de courtes mais mémorables apparitions, un Mourade Zeguendi, douanier imperturbable et une Stéphanie Van Vijve, désopilante en hôtesse de l’air qui… déteste le vomi (dans une des scènes les plus surréalistes du film).

 

 

 

Pour réussir un grand film rock’n’roll, il est évident qu’on a aussi besoin d’une putain de bonne bande-son. Elle l’est. Avec ses cris de guerre rageurs, toutes guitares dehors, son ironie décalée, et son omniprésente énergie, elle ne fera pas le bonheur des fans de karaoke, mais est un régal pour les esgourdes des vrais amateurs de décibels indomptables.

Une B.O. totalement dans l’esprit du film qui entérine la tendance constatée dans les salles et largement confortée lors des dernières cérémonies des Magritte: chez nous même si les bandes originales ne dépassent pas plus qu’ailleurs le tout petit pour cent du budget d’un film, on évite consciencieusement de ressasser les clichés pour offrir aux spectateurs des partitions éclatantes.

 

 

De Elle ne pleure pas elle chante à Le Monde nous appartient, d’Eldorado aux Géants (en attendant la B.O. de Detroit pour Les premiers, les derniers), de Offline à The Broken circle Breakdown, de Mobile Home à Tous les chats sont gris en passant naturellement par L’année prochaine, le mélomane sensible au rock, à la pop héroïque et au folk intimiste a de quoi se régaler au cinéma.

 

 Photo de tournage Kaos/Cinevox 2014

 

Après un premier long étrange au titre déjà formidable (Où est la main de l’homme sans tête?), Stéphane et Guillaume Malandrin frappent ici très fort. Et très juste.

Soyons clairs, néanmoins : Je suis mort, mais j’ai des amis n’est pas un film à festivals, peut-être pas un film à Magritte, mais c’est un voyage qui fait beaucoup de bien, qui fait rire et un peu pleurer aussi; une louche de potion magique qui nous rend plus forts, plus heureux. Et sans doute meilleurs.

Kick out the jam, motherfuckers !

 

 

ADDEDUM

La capsule Cinevox consacrée au film est à voir ICI

Notre présentation du projet est à lire ICI

Notre visite sur le tournage est à voir ICI

 

 

 

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