Trois cœurs : Benoit Poelvoorde, intime, tendre et bouleversant.

Benoit Poelvoorde, François Damiens: on le sait depuis quelque temps nos deux plus grands comédiens comiques ont d’autres cordes à leur arc. Déjà touchant dans Les Émotifs anonymes, Benoit Poelvoorde nous avait intrigués dans Une histoire d’amour à la facture trop glaciale pour nous convaincre complètement, puis épaté dans Une Place sur la Terre qui lui valut le Magritte du meilleur acteur 2014.

Avec Trois Cœurs, Benoit Jacquot lui offre une partition qu’on n’aurait pas forcément imaginée entre ses mains et qu’il interprète pourtant avec une sidérante virtuosité, tout en retenue, en absence, en émotions contenues, en silences gênés, en regards honteux.

 

Déjà, le pitch du film est formidable : dans une ville de province, une nuit, Marc rencontre Sylvie alors qu’il a raté le train pour retourner à Paris. Ils errent dans les rues jusqu’au matin, parlant de tout sauf d’eux-mêmes, dans un accord rare. Quand Marc prend le premier train, il donne à Sylvie un rendez-vous, à Paris, quelques jours après. Ils ne savent rien l’un de l’autre. Sylvie ira à ce rendez-vous, et Marc, par malheur, non. Il la cherchera et trouvera une autre femme, Sophie. Il ignore qu’il s’agit de la sœur de Sylvie…

 

 

Marc, vous l’avez compris, c’est Benoit Poelvoorde. Sylvie qui croise en premier sa route, c’est Charlotte Gainsbourg, introvertie et sur la corde raide. Sophie, est interprétée par Chiara Mastroiani qu’on a rarement vue aussi touchante, à la fois peu sûre d’elle et soudain pleine de force et d’énergie.

Les deux femmes ne se ressemblent pas vraiment. Mais petit à petit des indices sèment le trouble dans l’esprit de Marc qui a choisi de vivre avec Sophie puisque Sylvie a disparu. Au lieu de chercher à découvrir la vérité, il va préférer se masquer les yeux.
Jusqu’à ce qu’il ne puisse plus faire semblant. Jusqu’à ce qu’il ne puisse plus échapper à la réalité.

 

 

Après une longue mise en route plus que plaisante, où l’on assiste coup sur coup à la naissance de deux histoires d’amour, on plonge dans les affres du mélodrame. Mais un mélo pudique, en pointillé; un mélo qui peut faire résonner en nous des échos inattendus. Ce qui touche le plus dans Trois cœurs, c’est l’évidence d’une situation pourtant improbable et l’inéluctabilité d’une trajectoire qui ne peut que blesser tous ses protagonistes.

 

Au milieu de ce trio atypique, Catherine Deneuve campe la mère de Chiara (sa vraie fille à la ville donc) et Charlotte. Sous ses airs débonnaires et désinvoltes (elle passe son temps à gaver ses invités avec une avalanche de plats roboratifs), c’est la première qui comprend que se joue dans sa maison une effroyable tragédie amoureuse qui risque de faire voler en éclat la famille idéale qu’elle avait rassemblée autour d’elle.

 

 

Notons aussi que le film est coproduit chez nous par Scope ce qui a permis d’y inclure quelques éléments belges comme Thomas Doret dans un rôle secondaire qu’on aurait voulu plus étoffé. À quand un nouveau grand rôle dans un long pour le Liégeois ? – Fin de la parenthèse

 

 

Alors que les comédiens proposent une partition délicate, très subtile, Benoit Jacquot offre une série d’options diamétralement inverses dans ses partis-pris de mise en scène et de postsynchronisation : la partition de Bruno Coulais, par exemple, transcendée par un violoncelle lancinant, annonce chaque scène-clef, en générant une tension lourde qui transforme ce mélo en thriller sentimental. À trois reprises, le réalisateur utilise aussi une voix off étrange, décalée, très arty, qui jure avec le naturalisme de l’ensemble. Un choix déstabilisant qui prête le flanc à une critique facile dans laquelle se sont joyeusement engouffrées quelques plumes peu sensibles à la petite musique de l’oeuvre.

 

Toujours plaisant, par moment bouleversant, mélancolique et inéluctable, Trois Cœurs est une variation très personnelle et infiniment complexe sur les Passantes de Georges Brassens (Cabrel en a offert une version formidable) :

« À celles qui sont déjà prises

Et qui, vivant des heures grises,

Près d’un être trop différent

Vous ont, inutile folie,

Laissé voir la mélancolie

D’un avenir désespérant »

 

(Trois) coups de cœur, vraiment.

 

 

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